Ce vendredi 13 mars 2026, une émotion lourde a enveloppé la cité balnéaire de Grand-Bassam. Dix ans jour pour jour après l’attaque djihadiste qui a coûté la vie à 19 personnes, la nation ivoirienne s’est recueillie pour honorer ses disparus et réaffirmer sa résilience face à l’obscurantisme. Un anniversaire qui résonne bien au-delà des frontières ivoiriennes.
Le temps n’efface pas la douleur, il la transforme en force. C’est le message qui a dominé la cérémonie officielle de commémoration ce vendredi, au pied du mémorial érigé face à l’océan. Le 13 mars 2016, trois assaillants d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) transformaient cette plage paisible, située à 40 km d’Abidjan, en un théâtre de carnage. Dix-neuf vies — Ivoiriens, Français, Libanais, Allemand, Macédonien, Malien et Nigérian — ont été fauchées en 45 minutes de terreur.
Une attaque contre « l’âme ivoirienne » Pour le Vice-Premier ministre Téné Birahima Ouattara, cette agression ne visait pas seulement des individus, mais les fondements mêmes de la nation :
« Cette attaque visait notre diversité culturelle, notre hospitalité légendaire et notre joie de vivre. »
Si la Côte d’Ivoire a réussi, depuis une décennie, à contenir la menace djihadiste qui ravage ses voisins du Burkina Faso et du Mali, elle reste vigilante. Sur le plan judiciaire, le dossier a été marqué par la condamnation à perpétuité de dix complices, dont six par contumace, envoyant un signal de fermeté absolue.
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Mise en perspective : Le Congo-Brazzaville face au défi de la sécurité
Alors que la Côte d’Ivoire commémore ce traumatisme lié au djihadisme international, la République du Congo présente un profil sécuritaire différent, bien que tout aussi exigeant.
- L’exception congolaise : Contrairement aux pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, le Congo-Brazzaville a été largement épargné par les attaques terroristes de type djihadiste sur son sol. Sa menace principale est restée interne et urbaine, notamment avec le phénomène des « Bébés Noirs » et de la délinquance Kuluna, contre lesquels l’opération « Zéro Kuluna » (évoquée lors du meeting de DSN) a été lancée avec force.
- Le souvenir de l’attentat de l’UTA (Vol 772) : Si l’on cherche un parallèle historique au Congo avec le terrorisme international, il faut remonter au 19 septembre 1989. Le DC-10 de la compagnie UTA, qui reliait Brazzaville à Paris via N’Djamena, avait explosé au-dessus du désert du Ténéré, faisant 170 victimes. Ce drame reste, pour la mémoire collective congolaise, le point de contact le plus douloureux avec la violence politique internationale aveugle.
- La vigilance régionale : Bien que Brazzaville soit éloignée des foyers sahéliens, la surveillance des frontières et la coopération au sein de la CEEAC restent des priorités. Le Congo joue un rôle de médiateur et de stabilisateur régional, conscient que l’instabilité des voisins peut être un terreau pour l’extrémisme.
Le souvenir de Grand-Bassam rappelle à toutes les nations africaines que la paix est un équilibre fragile. Pour le Congo, comme pour la Côte d’Ivoire, l’unité nationale et la vigilance des services de renseignement demeurent les meilleurs remparts contre ceux qui cherchent à briser la « joie de vivre » continentale.



