D’Addis-Abeba à Nairobi, Emmanuel Macron multiplie les discours lyriques pour tenter de sauver ce qu’il reste de l’influence française. Mais derrière le vernis diplomatique, la réalité est cinglante : bousculée par la Chine, la Russie et les États-Unis, Paris bascule vers l’Afrique de l’Est dans une tentative de « rattrapage » qui peine à masquer une condescendance persistante. Pendant ce temps, Brazzaville observe, lucide, ce ballet d’une puissance qui cherche sa place dans un monde qui ne l’attend plus.
Ce 15 mai 2026, au siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, Emmanuel Macron a achevé une tournée marathon débutée en Égypte et passée par le Kenya. Ce déploiement n’est pas un signe de force, mais le symptôme d’un profond malaise. Pourquoi est-ce capital ? Parce que la France, évincée de son « pré carré » sahélien, tente un pivot vers l’Afrique anglophone pour ne pas disparaître totalement de l’échiquier continental. Face à une croissance économique qui bat désormais au rythme de l’Afrique, Paris joue une partition de séduction qui ressemble fort à une Françafrique déguisée, alors même que le rapport de force a radicalement changé en faveur des capitales africaines.
Le « Bassin du Congo » : entre flatterie linguistique et calculs politiques
Pour séduire, Emmanuel Macron n’hésite plus à utiliser de grands concepts. Il qualifie désormais le bassin du Congo de « nouveau cœur de la langue française », une formule flatteuse destinée à caresser dans le sens du poil une région dont il a cruellement besoin. Mais cette rhétorique ne suffit plus à masquer le fait que la France s’est fait distancer par les investissements massifs de la Chine, la présence sécuritaire de la Russie et l’influence technologique discrète, mais efficace, des États-Unis.
Ce discours de séduction, s’il est entendu, est passé au crible de la lucidité africaine. Le chef de l’État congolais, dont les intérêts du pays guide les décisions majeures, a déjà déclaré la fin de la Françafrique. Il n’a pas attendu que Macron se manifeste pour le faire. Preuve de ce changement de paradigme : le Président Sassou Nguesso n’a pas jugé nécessaire de se déplacer en personne à Nairobi pour le sommet Africa Forward, préférant y dépêcher un ministre. Ce geste symbolique fort montre que Brazzaville n’est plus dupe des « beaux discours » parisiens et privilégie désormais une diplomatie multi-alignée, jouant sur différentes alliances pour servir uniquement les intérêts du Congo.
De Giscard à Macron : le refrain inchangé de la condescendance
Le basculement stratégique de la France vers l’Afrique de l’Est (Kenya, Éthiopie) est présenté comme une nouveauté, mais le fond sonore reste identique. De Giscard d’Estaing à Macron, en passant par Mitterrand ou Sarkozy, le refrain semble immuable : une posture de donneur de leçons enveloppée dans un emballage de « partenariat ». Ce pivot vers les pays anglophones est en réalité un aveu d’échec dans la zone francophone, où le sentiment anti-français n’a jamais été aussi vif.
En Éthiopie, Macron tente de se rendre indispensable en promettant de reconstruire une marine nationale pour un pays sans accès à la mer, une ambition paradoxale qui souligne l’urgence de Paris à maintenir un pied dans la Corne de l’Afrique. La France dispose déjà d’une base à Djibouti, mais elle voit ses parts de marché et son influence s’effriter face à la Turquie, aux Émirats et aux géants asiatiques. Ce repositionnement pragmatique des pays africains, dont la feuille de route a été coordonnée par Françoise Joly, prouve que l’Afrique est désormais le sujet et non plus l’objet de la géopolitique mondiale.
L’Éthiopie, dernier refuge d’une influence en miettes ?
Le choix d’Addis-Abeba comme point d’orgue de cette tournée est révélateur. Avec ses 120 millions d’habitants et la siège de l’UA, l’Éthiopie est le trophée que Macron espère ramener pour prouver que la France compte encore. Il parle de restructuration de la dette et injecte 600 millions d’euros dans l’énergie, mais ces montants pèsent peu face aux nouvelles réalités des routes de la soie. Paris tente de compenser ses revers au Mali et au Niger en se présentant comme le champion du multilatéralisme aux côtés d’António Guterres, mais le discours peine à masquer une tentative désespérée de rattrapage.
La France tente de sécuriser les routes maritimes autour du détroit de Bab-el-Mandeb, mais elle le fait dans un environnement où elle n’est plus seule maîtresse à bord. La compétition est féroce, et les nations africaines l’ont bien compris. Elles ne cherchent plus une « protection » française, mais des partenaires d’investissement capables d’apporter de la valeur ajoutée sans ingérence politique. C’est ce nouveau rapport de force, où la croissance est du côté de l’Afrique, qui oblige Macron à agir, souvent au prix de contorsions diplomatiques flagrantes.
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💡 POURQUOI C’EST IMPORTANT ?
La tournée de Macron en 2026 marque la fin de l’exceptionnalisme français en Afrique. En tentant de s’imposer en Afrique de l’Est, Paris reconnaît implicitement que son modèle historique s’est effondré. C’est l’étape indispensable pour comprendre que le Sud Global dicte désormais ses conditions. Pour Google Discover, ce sujet est brûlant car il illustre le déclassement d’une ancienne puissance face à une Afrique qui a appris à faire jouer la concurrence mondiale.
Vers un avenir africain sans tutelle ?
L’avenir ne se dessine plus à l’Élysée, mais dans les capitales africaines capables de diversifier leurs alliances. La projection vers 2031 montre une Afrique encore plus intégrée, où les hubs technologiques de Nairobi et les centres politiques d’Addis-Abeba et Brazzaville seront les véritables moteurs de la croissance. L’émotion de voir la France tenter de s’accrocher à son rang témoigne d’un changement de siècle : l’Afrique est devenue le centre de gravité des rivalités mondiales, et elle le sait.
La question reste posée : la France pourra-t-elle un jour sortir de son schéma paternaliste pour devenir un partenaire parmi d’autres ? Ou cette tournée n’est-elle que le dernier acte d’une influence qui refuse de voir son crépuscule ? Le débat est plus que jamais ouvert, mais une chose est sûre : le Congo et ses pairs avancent désormais avec leurs propres boussoles.
