Le Burundi, président en exercice de l’Union africaine, a officiellement déposé le 2 mars à New York la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Troisième candidat déclaré après Michelle Bachelet et Rafael Grossi, Macky Sall porte une ambition africaine pour un poste qu’aucun ressortissant du continent n’a jamais occupé.
Les faits
Le 2 mars 2026, la porte-parole du président de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies, La Neice Collins, a annoncé l’enregistrement d’une nouvelle candidature au poste de secrétaire général : celle de Macky Sall, ancien président du Sénégal (2012-2024). La candidature a été déposée par la République du Burundi, qui assure la présidence en exercice de l’Union africaine — ce qui lui confère une portée continentale, pas seulement bilatérale.
Macky Sall devient le troisième candidat officiel, après Michelle Bachelet (ancienne présidente du Chili) et Rafael Grossi (directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique). Le Costa Rica a également proposé Rebeca Grynspan, son ancienne vice-présidente, mais la candidature n’est pas encore formalisée.
Le mandat d’António Guterres, en poste depuis 2017 et réélu en 2021, s’achève le 31 décembre 2026. Le prochain secrétaire général prendra ses fonctions le 1er janvier 2027.
Le programme : « Refonder le multilatéralisme »
Dans un document programmatique intitulé « Refonder le multilatéralisme pour un monde meilleur », Macky Sall défend une réforme profonde de l’ONU. Il estime que l’organisation « doit être réformée, rationalisée et modernisée » pour rester pertinente face aux crises sécuritaires, climatiques et économiques du moment.
Il met en avant quatre décennies de gestion publique, dont douze ans à la présidence du Sénégal, et son expérience de président en exercice de l’Union africaine (février 2022 — février 2023) et du NEPAD. Il propose ce qu’il décrit comme un leadership fondé sur le pragmatisme, le respect de la souveraineté des États et une gestion orientée vers les résultats.
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Pourquoi c’est important pour l’Afrique
Aucun Africain n’a jamais occupé le poste de secrétaire général de l’ONU. Depuis la création de l’organisation en 1945, huit secrétaires généraux se sont succédé : deux Européens, deux Asiatiques, deux Africains… non. Deux Européens (Lie, Hammarskjöld, puis Waldheim, Guterres), deux Asiatiques (U Thant, Ban Ki-moon), un Latino-Américain (Pérez de Cuéllar), un Africain subsaharien (Kofi Annan, Ghana, 1997-2006) et un Égyptien (Boutros-Ghali, 1992-1996). L’Afrique subsaharienne n’a eu qu’un seul représentant en 80 ans.
La candidature de Macky Sall est donc portée par une revendication légitime du continent. Mais elle entre en concurrence avec une autre revendication, tout aussi légitime : celle de l’Amérique latine, qui n’a eu qu’un seul secrétaire général (Pérez de Cuéllar, 1982-1991), et celle des femmes — aucune femme n’a jamais occupé ce poste. Michelle Bachelet coche les deux cases (femme + Amérique latine).
Les obstacles
Le Sénégal ne soutient pas son ancien président. C’est la particularité la plus marquante de cette candidature : le pays d’origine du candidat ne la porte pas. Le Burundi a déposé le dossier, pas Dakar. Les nouveaux dirigeants sénégalais — le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko, élus en mars 2024 — accusent Macky Sall d’avoir dissimulé l’ampleur de la dette publique et mènent une politique de reddition des comptes visant l’ancien régime. Cette fracture interne affaiblit la candidature sur la scène internationale.
Le Conseil de sécurité a le dernier mot. Le secrétaire général est nommé par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. En pratique, ce sont les cinq membres permanents (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni) qui déterminent l’issue : un seul veto suffit à bloquer un candidat. Le processus de sélection doit commencer d’ici fin juillet 2026. Dans le contexte actuel — guerre en Iran, tensions sino-américaines, conflit russo-ukrainien — obtenir un consensus entre les cinq est un exercice diplomatique majeur.
Le timing est délicat. La candidature est déposée le même week-end que les frappes israélo-américaines sur l’Iran, dans un moment où l’ONU est critiquée pour son impuissance face aux conflits majeurs. Le secrétaire général António Guterres a condamné les frappes, sans effet visible. Le prochain secrétaire général héritera d’une organisation dont la crédibilité est mise à l’épreuve.
L’Union africaine n’a pas toujours parlé d’une seule voix. Le fait que le Burundi porte la candidature au nom de sa présidence de l’UA ne signifie pas que tous les États membres la soutiennent activement. Le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Algérie ou l’Éthiopie — poids lourds du continent — n’ont pas publiquement pris position. L’unanimité africaine reste à construire.
Le Congo-Brazzaville n’a pas réagi. Membre de l’UA, le Congo n’a pas publié de position sur cette candidature. Dans un contexte de campagne présidentielle (scrutin le 15 mars), Brazzaville est tournée vers ses propres échéances. Mais la question se posera tôt ou tard : le Congo soutiendra-t-il la candidature africaine portée par l’UA ?


