Dans sa première communication officielle depuis la reprise des affrontements armés ce mercredi, l’armée éthiopienne soutient avoir infligé de lourdes pertes aux combattants du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) à la frontière de la région Amhara. Sur le terrain, l’escalade militaire s’accélère dramatiquement : prise de contrôle de trois aéroports régionaux par les forces tigréennes, pilonnages d’artillerie lourde dans l’Afar, suspension intégrale des liaisons d’Ethiopian Airlines et coalition du TPLF avec six factions armées pour renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed, faisant voler en éclats le fragile équilibre né de l’accord de paix de Pretoria.
Ce jeudi 24 septembre 2026, la Corne de l’Afrique replonge dans l’angoisse d’un embrasement militaire généralisé. Vingt-quatre heures après l’éclatement de combats armés coordonnés dans le nord de l’Éthiopie, l’état-major des Forces de défense nationale éthiopiennes a rompu son mutisme pour livrer son premier compte rendu opérationnel. Selon les déclarations de l’armée régulière, d’importantes offensives menées par les forces tigréennes et leurs factions alliées ont été repoussées dans plusieurs secteurs frontaliers de la région Amhara, les unités fédérales affirmant avoir neutralisé un grand nombre d’assaillants et saisi d’importants stocks d’armes et de munitions.
Cette première prise de parole militaire confirme l’ouverture d’un nouveau chapitre sanglant au cœur d’un pays déjà meurtri par deux années d’un conflit dévastateur entre 2020 et 2022. Après des mois d’accusations réciproques de violations des clauses de cessation des hostilités arbitrées par l’Union africaine, la rupture politique et militaire entre le pouvoir central d’Addis-Abeba et les autorités régionales du Tigré semble désormais consommée sur le terrain.
Plus d infos sur Le Journal du Congo
Offensives dans l’Amhara et l’Afar : Les armes parlent à nouveau aux frontières régionales
Les déclarations des autorités militaires fédérales corroborent les rapports alarmants émanant des zones de contact interrégionales. Selon les informations recueillies auprès de sources humanitaires déployées dans la région voisine de l’Afar, les troupes du TPLF ont déclenché des pilonnages massifs à l’artillerie lourde dans une tentative de s’emparer du verrou stratégique de la ville de Yallo, située à proximité immédiate de la frontière administrative avec le Tigré. Cette manœuvre confirme l’élargissement rapide des hostilités au-delà du seul corridor amhara, exposant à nouveau des populations civiles particulièrement vulnérables aux tirs aveugles et aux déplacements forcés.
La violence de cette reprise des combats a été confirmée sans détour par le vice-président du TPLF, Amanuel Assefa, qui a publiquement déclaré que la région se trouvait désormais basculée dans une situation de guerre totale. Cette déclaration martiale intervient quelques jours seulement après l’officialisation par le TPLF d’une alliance militaire et politique nouée avec six autres mouvements insurrectionnels armés du pays. Cette coalition hétéroclite affiche un objectif unifié : coordonner leurs pressions militaires sur plusieurs fronts pour renverser le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed, concrétisant la menace d’une déstabilisation institutionnelle profonde de l’État fédéral éthiopien.
Prise des aéroports et isolement aérien : Le coup de force logistique du TPLF
Sur le plan tactique, les forces de sécurité tigréennes ont frappé un coup retentissant dès les premières heures de l’offensive ce mercredi. Des unités locales ont investi et pris le contrôle exclusif de trois infrastructures aéroportuaires stratégiques de la région, délogeant sans combat majeur les contingents de la police fédérale qui en assuraient jusqu’alors la garde. À Mekele, capitale régionale du Tigré, des témoins ont rapporté le déploiement rapide des combattants tigréens sur le tarmac de l’aéroport dès l’aube, écartant les forces de l’ordre nationales dans un climat d’extrême tension consécutif à de récents raids de drones signalés dans la zone.
La riposte des autorités fédérales ne s’est pas fait attendre sur le plan logistique : la compagnie aérienne nationale Ethiopian Airlines a immédiatement annoncé l’annulation sans préavis et pour une durée indéterminée de l’ensemble de ses liaisons commerciales à destination de Mekele et des pistes du Tigré. Cette suspension brutale plonge à nouveau la province septentrionale dans un isolement physique quasi-total, ravivant les sombres mémoires du blocus logistique imposé lors de la précédente guerre civile.
Mekele sous tension : Paranoïa du blocus, pénurie de cash et asphyxie financière
Dans les artères de Mekele, si le calme règne en surface et qu’aucun échange de tirs direct n’a été déploré au cœur de la cité, la terreur d’un retour aux années de siège tétanise le quotidien des habitants. Les témoignages décrivent une ville aux allures de cité morte, où les résidents s’imposent un couvre-feu spontané et limitent drastiquement leurs déplacements. Mais le drame immédiat demeure d’ordre financier et économique : confrontée à un assèchement méthodique des liquidités depuis que le gouvernement fédéral a gelé le versement des budgets régionaux et des traitements des fonctionnaires depuis sept à huit mois, la population fait face à des caisses bancaires entièrement vides.
Le système de survie reposait jusqu’ici sur les transactions électroniques et le paiement mobile, mais la perspective d’une interruption punitive des réseaux de télécommunications et de l’accès à Internet par Addis-Abeba fait planer une menace vitale sur les ménages. Privés de monnaie fiduciaire et menacés de déconnexion numérique, les civils du Tigré se retrouvent au bord du gouffre, incapables de s’approvisionner en denrées de base alors que les prix des produits de première nécessité flambent sous l’effet de l’arrêt des transports routiers.
POURQUOI C’EST IMPORTANT
En ce mois de septembre 2026, la reprise officielle des combats armés en Éthiopie est fondamentale car elle sonne le glas de l’accord de paix de Pretoria et risque de replonger la deuxième nation la plus peuplée d’Afrique dans une tragédie humanitaire absolue. Réduire ces affrontements à de simples escarmouches frontalières masquerait la gravité du précédent : la guerre civile de 2020-2022 a coûté la vie à plus de 600 000 personnes et dévasté le tissu social de toute la Corne de l’Afrique.
La prise des aéroports par le TPLF, l’alliance de sept mouvements armés contre le pouvoir central et l’asphyxie financière des populations civiles du Tigré constituent les signes précurseurs d’un effondrement étatique dont les répercussions déstabiliseraient l’ensemble des équilibres sécuritaires de l’Afrique de l’Est.
Plus d infos sur Le Journal du Congo
La médiation de l’Union africaine face au piège de l’engrenage militaire
La résurgence de ce conflit majeur confronte l’Union africaine et les chancelleries internationales à l’échec de leurs mécanismes de suivi post-conflit.
L’incapacité des deux camps à mettre en œuvre de bonne foi le désarmement complet, la réintégration politique et la reconstruction économique a laissé place à une logique de revanche militaire. Faute d’une intervention diplomatique d’urgence capable d’imposer un cessez-le-feu immédiat, de rétablir les circuits financiers au profit des civils et de contraindre Addis-Abeba et le TPLF à reprendre la voie des négociations politiques, l’Éthiopie s’enfonce dans une spirale destructrice qui menace d’annihiler des années d’efforts de pacification régionale.



