Entre 2020 et 2025, le Cameroun a encaissé plus de 222 milliards de FCFA de droits de transit sur le pétrole tchadien exporté via le terminal de Kribi. Au-delà de la manne financière pour Yaoundé et du désenclavement pour N’Djamena, ce projet pionnier prouve que l’intégration en Afrique centrale peut s’imposer par les infrastructures avant de devenir politique.
Ce lundi 31 août 2026, le bilan financier du pipeline Tchad-Cameroun illustre la puissance d’une interdépendance économique bien articulée. Exploité depuis 2003, cet oléoduc transfrontalier a permis au Cameroun de percevoir 222,2 milliards de FCFA de droits de transit entre 2020 et 2025, soit une moyenne annuelle de 37 milliards de FCFA, auxquels s’ajoutent 15,1 milliards de FCFA enregistrés à la fin mai 2026.
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Une alliance stratégique entre rente géographique et accès à la mer
Pour le Cameroun, l’infrastructuration du territoire se traduit par une position de verrou stratégique. Sans produire le brut tchadien, Yaoundé monétise sa position géographique, sécurise des recettes budgétaires régulières et affirme le rôle du port en eau profonde de Kribi comme plateforme logistique majeure de l’Afrique centrale. De son côté, le Tchad, pays enclavé, sécurise une voie d’évacuation fiable pour ses hydrocarbures, maintenant la compétitivité de son pétrole sur les marchés internationaux.
Cette relation symétrique crée une garantie économique mutuelle : le Cameroun a tout intérêt à la prospérité du secteur pétrolier tchadien, tandis que le Tchad dépend directement de la stabilité du corridor camerounais.
POURQUOI C’EST IMPORTANT
En ce mois d’août 2026, la réussite du pipeline Tchad-Cameroun est fondamentale car elle offre un prototype opérationnel d’intégration régionale pour l’Afrique centrale. Analyser cet ouvrage sous un angle uniquement financier serait une erreur de perspective : combiner la ressource d’un État et le corridor maritime d’un autre constitue la clef de voûte de la souveraineté économique de la CEMAC.
Transformer la rente de transit en investissements locaux, sécuriser les corridors de transport transfrontaliers et dupliquer ce modèle à l’électricité, au gaz et aux minerais sont des enjeux de compétitivité, d’aménagement du territoire et d’intégration sous-régionale absolus pour la période 2026-2030.
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Du corridor pétrolier au corridor de développement intégré
L’enjeu pour la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) réside désormais dans la capacité à étendre cette logique de complémentarité à d’autres secteurs stratégiques. La révision programmée du tarif de transit (actuellement fixé à 1,321 dollar par baril) doit s’inscrire dans une modernisation concertée du partenariat plutôt que dans une logique d’affrontement tarifaire.
Pour la période 2026-2030, la priorité consistera à réinvestir une partie des redevances de transit dans le développement des zones traversées par l’oléoduc (routes, sécurité, projets sociaux, protection de l’environnement) et à connecter le corridor aux réseaux ferroviaires et numériques sous-régionaux. Face aux défis de la transition énergétique et de la volatilité des cours, la CEMAC doit anticiper en bâtissant de véritables artères économiques multidisciplinaires entre ses États membres.

