Au Festival de Cannes, le réalisateur Rafiki Fariala a présenté « Congo boy », un long-métrage autobiographique racontant le destin d’un adolescent réfugié en Centrafrique qui trouve dans la musique un chemin vers l’espoir. Un film d’une authenticité brute, acclamé par le public.
Cannes : « Congo boy », le parcours cinématographique d’un jeune réfugié devenu cinéaste
La Croisette a vibré vendredi au rythme des mélodies de « Congo boy », présenté en section parallèle du Festival de Cannes par le réalisateur Rafiki Fariala. Ce long-métrage, accueilli avec enthousiasme par le public, transpose à l’écran une trajectoire de vie marquée par l’exil, la résilience et la puissance transformatrice de l’art.
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Un récit puisé dans l’expérience personnelle
Rafiki Fariala, 28 ans, n’a pas eu besoin de chercher loin pour construire son scénario. Le film suit un jeune homme, réfugié congolais (RDC) en Centrafrique, confronté à la responsabilité d’élever seul sa fratrie, avant de découvrir l’existence d’un concours musical susceptible de changer son destin. Cette narration épouse étroitement le parcours du cinéaste lui-même, qui a traversé l’extrême pauvreté avant de devenir une figure locale du rap.
Pour préserver l’authenticité de son projet, Fariala a poussé le souci du détail jusqu’à composer intégralement la bande sonore du film. Il a également choisi de confier le rôle de sa mère à celle qu’il considère comme sa tante, une femme musulmane qui l’a protégé durant les années de violences intercommunautaires en Centrafrique. Ses propres parents, chrétiens, étaient alors emprisonnés après avoir tenté de rapatrier la famille en République démocratique du Congo.
Une production aux moyens limités, une portée universelle
Tournage à Bangui avec un budget réduit, recours à des acteurs amateurs et à de véritables miliciens pour incarner les personnages : les choix de Fariala reflètent une volonté de vérité cinématographique. Le public du Festival a réservé une standing ovation au film à l’issue de sa projection, reconnaissant dans cette œuvre une sincérité rarement rencontrée.
Le cinéaste porte lui-même les stigmates de son histoire. Une cicatrice à la jambe témoigne d’une balle reçue en 2013, lorsqu’une milice antigouvernementale a attaqué la propriété d’un colonel pour lequel il travaillait avec ses frères et sœurs. À peine âgé de 17 ans, orphelin temporaire et seul responsable de sa fratrie, Fariala a dû survivre en errant à travers Bangui.
La musique comme bouée de sauvetage
« Sans la musique, je ne sais pas si je serais là devant vous », a confié le réalisateur lors de sa rencontre avec la presse à Cannes. Cet art, qui l’a sauvé de l’abîme durant ces années chaotiques, constitue le cœur battant de « Congo boy ». Le jeune acteur Bradley Fiomona Dembeasset, découvert lors d’un casting sauvage à Bangui, incarne ce rôle central. Fariala l’a accompagné non seulement dans son travail d’acteur, mais aussi dans l’apprentissage du chant, puisque c’est le jeune comédien qui interprète les compositions musicales du film.
Exilé une seconde fois pour ses convictions
Installé en France depuis son départ de Centrafrique, Rafiki Fariala a dû quitter Bangui une nouvelle fois après la réalisation de son documentaire « Nous, étudiants » (2022). Ce travail, qui exposait les mécanismes de corruption au sein du système éducatif centrafricain, lui a valu l’hostilité des autorités locales. Devenu réfugié pour la seconde fois, il demeure conscient des réalités vécues par les jeunes dans sa situation : talents étouffés, identités dissimulées, larmes versées en silence.
L’espoir comme dénominateur commun
Malgré ces obstacles, Fariala affirme observer un trait constant chez tous les réfugiés qu’il a côtoyés : une capacité inébranlable à préserver l’espoir. Ce message traverse « Congo boy » de part en part, transformant un récit de souffrance en hymne à la résilience.
Originaire du Sud-Kivu, région ravagée par les conflits armés à l’est de la République démocratique du Congo, le réalisateur envisage son film comme un hommage à sa terre d’adoption. « La Centrafrique, c’est ma mère adoptive ; le Congo, c’est ma mère biologique », explique-t-il. Son œuvre s’efforce également de montrer comment chrétiens et musulmans cohabitent « comme une famille » à Bangui, malgré les tentatives politiques de les diviser.
Au-delà du cinéma, une voix pour les sans-voix
« Congo boy » transcende le simple récit filmique. Il incarne la conviction qu’une vie marquée par la tragédie peut devenir source de création, que la souffrance peut être transfigurée en art porteur de sens. Rafiki Fariala, en portant à l’écran son propre chemin, offre une tribune à tous ceux dont les histoires restent ordinairement ignorées par les grandes salles de cinéma.



